Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur email

Changer notre modèle agricole pour nous adapter aux changements climatiques

Confédération Paysanne 31 (Cazères) | 10/09/2019
N°44 | Eau & agriculture, Eau, industrie & énergie

Avec 80 à 90% de sa consommation d’eau durant la période d’étiage, l’agriculture a une influence primordiale sur la gestion de l’eau. Ce bien aussi précieux doit faire l’objet d’une gestion et d’une attention toute particulière, aussi bien au niveau quantitatif que qualitatif.
Le réchauffement et le changement climatique laissent entrevoir de grands conflits d’usage et d’intérêts.
Quel rôle le monde agricole aura dans sa future gestion ?
Sera t’il toujours souhaitable d’irriguer du maïs pour l’exportation à 150 € tonne ?
Doit-on encore mettre des millions d’euros dans des ouvrages hydrauliques pour soutenir un modèle agricole à bout de souffle ?
Quel modèle agricole voulons nous ?
L’irrigation qui ne représente que 15% de notre SAU (en diminution depuis plusieurs années car peu rentable) est certes indispensable, mais penser que l’on puisse irriguer tous les champs pour lutter contre les sècheresses est un non-sens technique, un non-sens environnemental et un non-sens économique.
Le défi étant pour les années à venir d’apporter des solutions pour l’ensemble des agriculteurs et de leurs exploitations.
Pour cela il est urgent que le monde agricole change ses pratiques.
L’agriculture intensive et la monoculture n’ont plus d’avenir, nous devons nous tourner vers des systèmes beaucoup plus résilients et donc nous convertir à l’agro écologie. Nos sols ne cessent de se dégrader, il est urgent de les restaurer et de les considérer comme un milieu vivant et non comme un simple support. Enrichir nos sols en matière organique est le seul moyen de stocker durablement et à grande échelle de l’eau et du carbone (la MO contient 25% d’eau).
Pour cela il est nécessaire de développer des systèmes sylvico-agro-pastoraux et donc :
– D’arrêter le travail intensif de nos parcelles avec des engins lourds
– Pratiquer des techniques culturales simplifiées
– Développer l’agroforesterie (il est urgent de planter des arbres massivement)
– De couvrir nos parcelles en permanence (couvert végétal), et d’apporter des engrais riches en carbone
– Intensifier les plantations de haies coupe-vent
– Allonger les rotations
– ……
L’exemple de certains agriculteurs engagés dans des pratiques agro-écologiques est révélateur. En travaillant sur de nombreuses années en semi-direct sous couvert, les sols récupèrent un potentiel de stockage hydrique ce qui permet d’économiser un tour d’eau, voire plus. En cultures non irriguées, ces techniques peuvent également permettre de réaliser des cultures dérobées (3 cultures en 2 ans), et d’intensifier ainsi le stockage de carbone, d’augmenter les volumes récoltés et les résultats économiques.
L’agriculture de conservation ou plutôt régénérative est la seule façon efficace et durable de s’adapter au réchauffement climatique et à la gestion de l’eau en agriculture.
Mais ceci demande un savoir-faire particulier, il faut du temps et des moyens.
Il est urgent de former des techniciens agricoles à l’agriculture de conservation et aider les paysans à cette transition.

Ces changements de pratiques ont un impact positif sur :
– la qualité de l’eau
– la rétention de l’eau dans les sols
– une meilleure pénétration de l’eau dans le sol
– diminue l’évapotranspiration
– préserve la biodiversité
– réduit ou supprime l’érosion et les coulées de boues
– améliore la qualité des produits
– diminue l’épandage de produits phytosanitaires
– augmente la séquestration du carbone
– lutte contre le réchauffement climatique
– le revenu et la sérénité des agriculteurs
– etc
Au-delà, l’irrigation est indispensable aux activités de maraîchage et d’arboriculture pourvu que le système de distribution soit économe.
Selon les disponibilités des compléments peuvent être apportés pour des cultures fourragères et céréalières pourvu que les choix d’assolement soient raisonnés avec une priorité donnée à des cultures à forte valeur ajoutée, et des rotations suffisantes. L’accès à l’eau doit être étendu à un plus grand nombre d’agriculteurs, et régi par des quotas et des cahiers des charges.
Une gestion économe, et responsable doit permettre d’augmenter les surfaces qui ont accès à l’irrigation tout en réduisant les volumes consommés.

Gestion des barrages :
Le bassin Adour-Garonne est le bassin qui comprend le plus grand nombre de barrages. Leur gestion doit être publique, c’est pour cela que le département doit se positionner lors des renouvellements des concessions. L’eau est un bien public.
L’eau doit s’écouler à travers les bassins versants où elle est tombée, c’est pour cela que le barrage de Cap de Long doit s’écouler du côté Neste et non du côté Adour.
Les barrages sont déjà très nombreux dans notre région et leur multiplication n’est pas souhaitable. A l’heure actuelle il manque un à deux milliards de mètres cubes d’eau au niveau de l’estuaire de la gironde durant la période du 15 avril au 15 juillet (période de remplissage des barrages) avec les conséquences sur le bouchon vaseux mais aussi sur le régime hydrique de notre territoire (précocité des sécheresses estivales…). La désertification des régions de l’Aral en Russie ou bien celle du croissant fertile sont dues à la construction excessive de barrages pour l’agriculture intensive (monoculture et irrigation intensive) et non au réchauffement climatique. Attention de ne pas répéter les mêmes erreurs.
Seule la construction de petits ouvrages inférieurs à quelques hectares et pour de l’auto -consommation, ou de petits collectifs, doit être envisageable. Les ouvrages dits plus structurants sont à proscrire.

Le Conseil Département doit être moteur dans cette transition. Il est urgent de changer rapidement de modèle agricole, faisons-le tant cela est encore possible.

La discussion en ligne est clôturée depuis le 12 septembre au soir.
Rendez-vous le 2 octobre à Saint Gaudens pour la restitution du dialogue citoyen.


Pour déposer un commentaire en ligne, vous pouvez remplir ce formulaire. Si vous souhaitez vous exprimer sous un pseudonyme, au nom d’une organisation, ou encore ajouter une pièce jointe à votre message, vous devez créer un compte.