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Agir pour le futur des cours d’eau du territoire, mais comment ?

Fédération départmentale de Pêche (Toulouse) | 11/09/2019
N°47 | Eau & biodiversité, Eau, tourisme & développement territorial

Pour sécuriser et préserver les services indispensables rendus par les milieux aquatiques aux habitants du territoire Garonne amont et à ceux de l’aval, la nécessité d’agir est unanimement ressentie.

De nouveaux dispositifs de stockage d’eau peuvent apparaître comme une solution incontournable face aux enjeux du futur. Mais de tels aménagements sont-ils une solution aussi durable et efficace que ne le serait la reconstitution d’infrastructures naturelles capables de réguler et épurer nos cours d’eau ?

Dans les bassins versants les plus modifiés par les activités humaines et les plus équipés d’aménagements, la tension des conflits d’usage et la dégradation observée de la ressource en eau n’augurent pas de la pertinence durable de la poursuite de cette stratégie d’artificialisation croissante face aux  changements climatiques.

Notre territoire Garonne amont est naturellement doté d’une grande richesse en milieux aquatiques. Une telle ressource en eau est potentiellement apte au développement de nombreuses activités économiques.

Mais les pressions croissantes résultant de ces usages, tendent à affaiblir la capacité de ces milieux à nous fournir les services attendus alors même que les perspectives climatiques vont  amplifier ces sollicitations.

DES INFRASTRUCTURES NATURELLES AFFAIBLIES

Les sols, les zones humides et les cours d’eau rendent  gratuitement de nombreux services pour l’eau et ses usages lorsqu’ils n’ont pas été trop puissamment modifiés par des actions humaines compromettant cette aptitude. Retenir l’eau dans les sols et les nappes échangeant avec les cours d’eau, limite ainsi la violence des inondations et la sévérité des étiages. De telles infrastructures naturelles fonctionnelles assurent aussi l’auto-épuration et la régulation thermique de l’eau.

Un grand nombre de choix stratégiques anciens et actuels d’aménagement et d’usage à l’échelle du territoire, dans le domaine de l’énergie, de l’urbanisation, des infrastructures, de l’agriculture, de l’exploitation des matériaux alluvionnaires, ont fortement dégradé ces fonctionnalités naturelles.

Les perturbations hydromorphologiques de nos cours d’eau sont très importantes. De l’occupation des sols au sens large à la gestion des écoulements à l’échelle de la parcelle, jusqu’au recalibrage des cours d’eau, en passant par les ruptures de continuité écologique et sédimentaire dues au fractionnement résultant d’une multitudes de seuils et barrages, ces modifications structurelles majeures ont, entre autres effets, considérablement accru les problèmes de l’amplitude saisonnière du « trop » au « pas assez » d’eau.

Aux actions parfois anciennes, volontairement destinées à accélérer les écoulements, se sont ajoutées dans un passé récent, les extractions de granulats dans le lit mineur, qui ont fait disparaitre le matelas alluvionnaire de la Garonne moyenne, alors même qu’une succession de barrages sur son
cours et celui de ses affluents entrave sa reconstitution en bloquant le transport solide, faisant inexorablement s’enfoncer, s’éroder son lit.

Ainsi, à débit égal, la surface de la Garonne sur l’aval du territoire, s’écoule actuellement l’été un à trois mètres plus bas qu’à peine un siècle plus tôt, non plus sur une épaisseur de galets perméables, mais majoritairement sur la marne du socle rocheux, abaissant ainsi les niveaux des nappes, les drainant plus souvent et plus longtemps au lieu de les recharger pour leur permettre de soutenir naturellement les étiages.

La perte de ce matelas alluvial c’est aussi la perte du sous-écoulement, qui permet l’autoépuration et rafraîchit l’eau en été. La forte régression sur l’aval du territoire, de toutes les espèces de poissons de rivières inféodées aux fonds caillouteux et à une libre circulation, est une conséquence et un marqueur de ces perturbations.

DES SOLUTIONS TECHNIQUES DONT LES LIMITES DE L’EFFICACITE SONT CONNUES

Les enjeux hydromorphologiques et leurs conséquences sur la résilience de nos écosystèmes aquatiques face aux enjeux climatiques à venir semblent actuellement sous-estimés au profit de recherche de solutions visant à artificialiser encore davantage notre réseau hydrographique sur la base d’exemples existants, en vue de la seule gestion des débits nécessaires aux usages les plus consommateurs d’eau en étiage.

Le système Neste nous donne une illustration des conséquences de cette orientation stratégique. Ce dispositif rempli en effet sa fonction au regard de la gestion et de la conciliation des usages en période d’étiage, mais aucun cours d’eau dans ce périmètre n’est cependant en bon état au sens de la Directive Cadre Européenne sur l’eau.

Donc s’il est possible que de nouveaux aménagements sur des principes anciens (stockage, réalimentation, soutien d’étiage…) puissent en partie satisfaire des usages consommateurs d’eau lors de faibles débits naturels, il est très improbable qu’ils garantiront le bon état écologique des cours d’eau qu’ils équiperont, car aucun exemple sur le territoire ou à ses abords n’atteste de cette éventualité. Donc, comme les aménagements du même type déjà existants, de nouveaux barrages ne remplaceront pas, et contribueront même à affaiblir, les nombreux autres services rendus aux habitants du territoire par des milieux aquatiques fonctionnels et les organismes vivants qui les peuplent.

La pression des usages par faible débit a conduit au concept de « Débit Objectif d’Etiage » et ses déclinaisons, outils d’arbitrage administratifs qui laissent penser que l’essentiel de la préservation de nos milieux aquatiques en période de crise, peut se résumer au débit restant après usage. Équation trop vite réduite dans ces circonstances, au bilan entre prélèvements et apports. La limitation des prélèvements atteignant vite des contraintes d’acceptabilité, cette logique accrédite ainsi la nécessité impérieuse de stockages d’eau mobilisables supplémentaires comme unique espoir de
sécurisation et de gestion des crises.

Artificialiser et dégrader davantage notre environnement pour s’affranchir de ses contraintes tout en les accroissant par les conséquences-même de ces choix, a des effets néfastes hélas connus, du niveau local jusqu’au niveau global. Une approche différente reste pourtant possible: Optimiser et préserver le fonctionnement des écosystèmes pour bénéficier durablement des services rendus, à condition d’accepter de ne pas en dépasser les limites soutenables.

Pour la ressource en eau, l’amélioration de l’intégrité et de la fonctionnalité des infrastructures naturelles, notamment par une meilleure gestion des sols et une renaturation des cours d’eau et des zones humides, serait une façon durable de bénéficier des services rendus par les écosystèmes
aquatiques.

Une étude des faisabilités, des coûts et avantages/inconvénients durables de tels choix devrait être faite pour comparaison, avant toute dépense publique visant à la création de nouveaux dispositifs de stockages artificiels, en tenant compte du fait que des barrages supplémentaires ne permettront au mieux que la seule sécurisation relative en période d’étiage, d’usages très consommateurs d’eau, et dont la pertinence à terme pourrait être remise en cause par les changements climatiques ou des priorités concurrentes.

Une orientation vers des solutions fondées sur les fonctionnalités naturelles, sous-entend toutefois des arbitrages et des politiques territoriales conduisant:
– d’une part à orienter les dépenses préférentiellement vers la restauration d’infrastructures naturelles à la hauteur quantitative des enjeux, misant sur l’innovation et l’ingénierie environnementale plutôt que sur la technologie hydraulique du passé
– d’autre part à une sobriété, une maitrise démographique et une préservation d’espaces naturels compatibles avec cet objectif.

Olivier Plasseraud
Directeur de la Fédération de Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques de Haute-Garonne

Les commentaires

l’eau une ressource pas si renouvelable

Joële ROGER | 12/09/2019

Je ne suis pas experte, loin de là : simple citoyenne, normalement consommatrice. Je constate que les plus gros prélévements proviennet de l’industrie agroalimentaire. Alors, quelle utilité de débattre de la préservation des espaces naturels si les prélèvements outranciers ne sont pas régulés ? Quand l’eau viendra à manquer : ne sera-t-il pas trop tard ?

La discussion en ligne est clôturée depuis le 12 septembre au soir.
Rendez-vous le 2 octobre à Saint Gaudens pour la restitution du dialogue citoyen.


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